nouvelle ère ou changement d’air?

 

A-ton vraiment changé d’ère? ou est-ce que l’édition numérique n’est qu’un changement d’air: un nouveau look pour une vieille façon de penser?

l’écran et la page

Ted Nelson nous rappelle que les systèmes informatiques qu’utilisent la plupart des gens, à tout le moins pour le texte, sont encore énormément tributaires de la page, de l’interface papier et de l’imprimé. Ce qui est plus important pour lui est que cette présentation des connaissances impose peut-être à la pensée le carcan de la structure qu’a amené l’écrit au cours des derniers siècles. L’interface graphique découlant de celles utilisées par Xerox, pouvait-il en être autrement? mais on est en droit de se demander à quel prix, quand on connait les dommages infligés au nom du « faut souffrir pour être belle ».

Oralité seconde à l’ère numérique?

D’un autre côté, si on passe de la présentation au partage des connaissances, les choses ont bien changées.

Le numérique a engendré une transformation profonde des modèles de production et de circulation des contenus que nous connaissons depuis le XVIIIe siècle. Le web, en particulier, a déterminé un bouleversement majeur du sens même des contenus : nous étions dans une économie de la rareté, nous sommes aujourd’hui dans une surabondance d’informations. — Pratiques de l’édition numérique, (introduction)

Qui dit économie de la rareté dit aussi prix, c’est le mécanisme, l’information-rétroaction, qui permet au système de s’ajuster. Il n’y a pas si longtemps, la musique avait un prix et permettait aux artistes de vivre, sans compter les nombreux intervenants de l’industrie qui se graissaient la patte au passage. Une possibilité pour les artistes, retourner à l’ère du mécénat, là où un patron puissant payait les dépenses de l’artiste afin qu’il puisse créer. La plateforme Patreon a adapté le mécénat au crowdfunding.

Même les métiers plus traditionnels peuvent s’offrir dans l’instantané et s’affranchir des grandes firmes, there’s an app for that!

mais revenons à l’économie d’abondance et à celle de la rareté. Même si la science économique se définit comme « la gestion des ressources rares », cette rareté s’est développée graduellement. Les chasseurs-cueilleurs vivaient la plupart de leur temps dans le loisir: on dit bien âge de pierre, âge d’abondance, les paysans travaillaient 6 mois par année et se reposaient ensuite l’hiver. Il a fallu les exproprier des terres communes afin de créer la rareté qui les forcerait à travailler en industrie. Ce travail occupait beaucoup de temps, de longues semaines de 60 heures ou plus sauf pendant les années où les syndicats ont pu faire avancer la cause sociale. Retour de la pendule: il n’est pas rare de voir, depuis une dizaine d’années, les jeunes devant cumuler deux ou trois emplois: le retour du faible salaire et des longues heures.

Walter Ong parle aussi d’oralité secondaire

une oralité « secondaire », constituée dans la période la plus proche de nous, donc postérieurement à l’invention de l’écriture, et configurée dans le sillage des modes d’organisation instaurés par cette dernière [Cette « oralité secondaire » est celle qui a été mise en place grâce aux moyens offerts par les technologies électroniques : elle est donc complètement artificielle, à la différence de l’oralité primaire qui, elle, est naturelle. A son propos, Ong écrit : « L’oralité secondaire est à la fois remarquablement semblable et remarquablement dissemblable à l’oralité primaire » (Oralité et écriture, p. 154).] voir le texte entier du compte rendu critique de Ong.

et on serait tenté de croire ou d’espérer au retour de certaines caractéristiques d’une société de l’oralité, mais notons bien qu’Ong ne parle de retour de l’oralité.

En créant une abondance de contenu, l’ère numérique est-elle aussi capable de ramener l’abondance économique de l’âge de pierre? où est-ce que cette redistribution de l’abondance réelle (volée par l’évasion fiscale) sera le rôle de gouvernements qui ont eu peine à s’imposer face aux géants économiques? ou encore, assistera-t-on à un un accroissement de la rareté tel que le veut la théorie?

Une chose est claire en tout cas, à l’ère numérique, la technologie existe dans un contexte économique qu’elle façonne autant qu’elle subit. L’avenir le dira.

 

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